Détail de l’oeuvre éblouissante et moderne “Les chimères”(1884).
Des ateliers et des stages atypiques en musées !
Apprendre à dessiner au musée
Venez vous initier aux techniques, méthodes et champs des possibles du dessin et de l’aquarelle dans les cadres exceptionnels de musées parisiens, le temps d’ateliers et de stages immersifs !
Des ateliers et des stages ponctuels, proposés chaque année, pour explorer les bases et les innombrables possibilités du dessin et de l’aquarelle au regard d'œuvres et d’artistes qui permettront à tous, débutants comme amateurs, d’ouvrir des champs d'apprentissages techniques inédits comme des perspectives nouvelles et inspirantes dans l'art du dessin et de l’aquarelle.
Une invitation à une aventure artistique où chacun apprendra ou revisitera les jeux et les enjeux d’un véritable processus de création et à cultiver ce regard qui voit au-delà des apparences...
“ Les Muses quittent Apollon, leur père, pour aller éclairer le monde” (1868).
Esquisse créative & Processus de création
ESQUISSE GRAPHIQUE / ESQUISSE COLORÉE - Entre ivresse de la couleur et dessins tatoués, la fabrique d’une oeuvre
Entre songes et ivresse de la couleur, traits comédiens et dessins tatoués, taches et touches colorées se donneront la réplique… aux yeux de l'œuvre complice de Gustave Moreau. Vous découvrirez et explorerez graphiquement les coulisses de la fabrique de l’œuvre dessinée et colorée, prolifique et passionnée, particulièrement moderne et libre pour son époque, de celui que l’on nomme “l’assembleur de rêves”...
Stage, la journée - 10h30 à 17h30 (pause déjeuner 1h) - 110€ entrée du musée en sus.
Détail de “Le Dragon à plusieurs têtes et le Dragon à plusieurs queues”, 1880, sanguine, graphite, plume et encre, aquarelle, gouache, collection particulière - Les Fables de la Fontaine.
GUSTAVE MOREAU (06 avril 1826 - 18 avril 1898)
Inclassable Moreau !
Artiste idéaliste, infatigable travailleur, Gustave Moreau dédia sa vie à son art, fuyant les mondanités de son époque et préférant la solitude féconde de son atelier.
La singularité et la subtilité de son œuvre - patchwork d’inspirations graphiques, culturelles et mystiques, entre éclectisme et modernité, inspiration exotique et imaginaire classique - en fait un peintre inclassable. Tantôt considéré comme “le prince des symbolistes”, il sera adulé par les surréalistes qui apprécient le mystère et l'étrangeté de sa peinture.
Détail “La licorne”, huile sur toile.
Une oeuvre singulière
D’une imagination foisonnante, Gustave Moreau - appelé aussi “l’assembleur de rêves”* - marie les thèmes, les symboles et les motifs comme un poète les mots. Et dans un langage singulier - né du mariage improbable de ses passions éclectiques et animé d’une universalité renouvelée - l’artiste accouche d’une oeuvre remarquable et multiple.
Entre œuvres monumentales - à l’architecture et la mise en scène complexes, puissantes et fantastiques - et illustrations novatrices - à l’aquarelle et la gouache (notamment “Les fables de la Fontaine”) qui révèlent un Gustave Moreau des plus fins et délicats coloristes - l’artiste explore aussi sa passion pour la sculpture au travers de prestes mais non moins agiles et élégants moulages de cire.
Enfin, son génie s’accomplira dans les œuvres les plus modernes et les plus révélatrices de son audace et de sa liberté créatrice - où dessins et motifs tatoués à même une couleur affranchie des frontières édictées du classique - ouvrant au peintre un champs de possibles plastiques qui lui permettront de rendre visible ses éclatantes visions intérieures et qui le mèneront progressivement vers l’abstraction…
*par Pierre-Louis Mathieu - historien de l’art
Détail “Jupiter et Sémélé”, huile sur toile, 1895.
Détail “La vie de l’humanité”, huile sur bois, 1886.
Détail “Jupiter et Sémélé”, huile sur toile, 1895.
« “ Une seule chose domine chez moi, l’entraînement et l’ardeur la plus grande vers l’abstraction. L’expression des sentiments humains, des passions de l’homme m’intéresse sans doute vivement, mais je suis moins porté à exprimer ces mouvements de l’âme et de l’esprit qu’à rendre pour ainsi dire visibles les éclairs intérieurs qu’on ne sait à quoi rattacher, qui ont quelque chose de divin dans leur apparente insignifiance et qui, traduits par les merveilleux effets de la pure plastique, ouvrent des horizons vraiment magiques et je dirais même sublimes.” »
Détail de l’oeuvre éblouissante et moderne “Les chimères”(1884).
LA FABRIQUE D’UNE OEUVRE CHEZ GUSTAVE MOREAU
Du processus créatif naît l’oeuvre
Chaque création procède d’un cheminement vers sa mise au monde, propre à chaque artiste-créateur, et au travers duquel certaines étapes se révèlent universelles : idée en germe, recherches et mûrissement, essais et cœur de la création, finalisation et présentation au monde…
Gustave Moreau accordait une grande importance au processus créatif qui se déployait souvent sur de nombreuses années pour beaucoup de ses œuvres et simultanément, sur plusieurs créations à la fois, permettant ainsi un dialogue fécond entre ses projets et l’épanouissement de l'œuvre d’une vie abondante et singulière.
« “ Il y a dans l’exécution d’une oeuvre d’art deux opérations nécessaires :
Rentrer en soi-même et en sortir.
La seconde est la plus difficile.
Rentrer en soi-même pour se bien rendre maître de son sentiment et de son inspiration.
En sortir, pour être à soi-même son propre juge et critique et trouver le sang-froid nécessaire aux multiples difficultés des travaux d’exécution.”
»
Conserver, une étape et un témoignage du process
A une époque où seule l'œuvre finale avait réelle valeur artistique, Gustave Moreau, dans une démarche fabuleusement inédite et novatrice - mais davantage encore dans un souci de témoignage d’une vie d’artiste - prit soin de conserver chacun de ses dessins préparatoires, ébauches de projets, croquis préliminaires, embryon d'idées,…etc.
Collecter, détourner, assembler, sampler
Plus singulier encore, il élabora au fil du temps une banque d’images aux sources variées et éclectiques, consignant notamment des photographies d’architectures du monde, des motifs variés et autres inspirations graphiques - extraits de sa bibliothèque (ouvrages d’histoire, encyclopédies, …etc) et de sa foisonnante documentation (revues variées comme Le Magasin pittoresque, L’Art ornemental, Le Tour du monde,…etc) - qu’il compulse sans cesse nourrissant ainsi son imaginaire.
Dans un jeu d’assemblage, de détournement, de combinaisons et de mariages insolites, Gustave Moreau mettra ainsi au monde une œuvre composite des plus libres et modernes, où se mêlent et se lient les époques, les cultures et les thèmes, les imageries et les motifs païens, bibliques, médiévaux comme exotiques, en un langage universel.
Rapide ébauche pour Salomé, l’idée en germe.
Détail de “Salomé dansant” dite “Salomé tatouée”, huile sur toile.
L’une des multiples recherches de mise en scène pour Salomé.
“L’apparition”, huile sur toile.
Un des nombreux dessins d’étude de Salomé.
Détail de “L’apparition”, huile sur toile.
« “ Nourri ainsi d’images de tous les temps, de tous les pays, originales ou reproduites, Gustave Moreau peut s’enfermer avec ses dossiers, tel un ermite en plein Paris et voir les “féeriques visons, les sanglantes apothéoses des autres âges”, pour reprendre les mots célèbres de Joris-Karl Huysmans, dans l’Art moderne” en 1883… Pourtant, les images vues par Moreau sont transmuées de telle sorte qu’on les oublie et qu’on les ignorait s’il n’avait pris soin de nous léguer les modèles” »
Dessins tatouées et abstraction de la couleur
Des œuvres comme “ Les Muses quittent Apollon, leur père, pour aller éclairer le monde” (1868), “Les chimères”(1884), “Le triomphe d’Alexandre” (vers 1875-1890), “Les licornes” (non datée)... affichent avec maestro ce travail de patchwork remarquable jusque dans les motifs, abondamment explorés et exploités à l’image d’une dentelle tatouée, brodée à même la couleur traitée dans la puissance et le mystère de son abstraction.
Un process et une oeuvre alchimique
Gustave Moreau est à, n’en point douter, un témoin sublime du creuset que devient l’artiste véritable; creuset au cœur duquel une vie nouvelle - nourrie de passion, de sincérité et d’une fervente imagination - est insufflée à des éléments de sources multiples et variées, privés de leur vitalité première. En plus d’être moderne et libre, éloignée des diktats des Beaux-Arts de l’époque, la fabrique d’une œuvre chez Gustave Moreau se révèle intemporelle et alchimique.
Détail de “Le lion amoureux”, graphite, sanguine, plume, aquarelle, gouache - Les Fables de la Fontaine.
GUSTAVE MOREAU, Pédagogue
Un professeur hors du commun
C’est à la demande de son vieil ami mourant (rencontré dans leur jeunesse lors d’un voyage en Italie) - Elie Delaunay - que Gustave Moreau lui succède au poste de professeur à l'école des Beaux-Arts de Paris en 1892, l’institution-même où il avait été élève en 1844 dans l’atelier du peintre néoclassique François Édouard Picot et qu’il avait quitté après 2 échecs au prix de Rome en 1848 et 1849.
Après une existence dévouée à son art, il y deviendra le dernier grand professeur, l’un des plus appréciés de l’école, vénéré par ses élèves dont certains - pionniers et célèbres - comme Henri Matisse, Georges Rouault, Henri Evenepoel, Charles Camoin, Albert Marquet qui ne tarirent jamais d’éloges et d’une profonde reconnaissance à son égard tout au long de leur carrière artistique.
Gustave Moreau enseignera à l’école des Beaux-Arts de Paris et recevra également le dimanche ses élèves, dans sa maison, jusqu'à sa mort en 1898, laissant derrière lui plus d’une centaine d’élèves en deuil.
« “Sa parole m’était d’une telle nourriture qu’à certains moments j’étouffe amèrement de ne plus l’avoir.” »
Un grand pédagogue, accoucheur d’artistes libres et modernes
A contre-courant de ses collègues de l’école des Beaux-Arts de Paris, Gustave Moreau se souciait de chacun de ses élèves qu’il voulait connaître personnellement et les encourageait à suivre leur intuition afin d’accoucher d’eux-même.
Par son enseignement basé sur l’apprentissage de la liberté et le respect du développement de leur personnalité artistique, à contre-courant du conventionnel formatage de l’institution, les élèves trouvèrent en Gustave Moreau un maître d’exception et que tous admirait.
« « Ne me respectez pas tant, aimez moi un peu… (Mais) envoyez-moi promener (!) » »
Révolutionnant l’enseignement des Beaux-Arts - comme le dira plus tard Matisse - Gustave Moreau incitait ses élèves à aller au Louvre, étudier et copier les maîtres - comme lui-même l’avait fait - une pratique pourtant abandonnée depuis longtemps par l'école.
« « Mais ne vous contentez pas du Louvre, allez dans la rue » »
L’emploi de la couleur fut également très tôt encouragé par Gustave Moreau à ses élèves, à contre-courant de la tradition qui érige l’honnêteté du trait, du dessin avant tout usage de la couleur.
En maître éclairé pétrit par une vie de création - libre, alchimique et féconde - passée dans son atelier, accouchant d’une œuvre des plus singulières et remarquables, Gustave Moreau permit à une génération de pionniers de devenir eux-mêmes, des artistes de la modernité.
Autoportrait, encre sur toile (1872/1875).
“Phébus et Borée”, esquisse aquarellée - Les Fables de la Fontaine.
UNE MAISON-ATELIER DEVENUE MUSÉE
« « Ce soir 24 décembre 1862. Je pense à ma mort et au sort de mes pauvres petits travaux et de toutes ces compositions que je prends la peine de réunir. Séparées, elles périssent ; prises ensemble, elles donnent un peu de ce que j’étais comme artiste et du milieu dans lequel je me plaisais à rêver » »
Nichée au cœur du quartier de la Nouvelle-Athènes, la modeste maison acquise en 1852 où vécut Gustave Moreau avec ses parents - et toute sa vie durant - s’est vue transformée par d’importants travaux durant les dernières années de vie de l’artiste pour créer notamment les ateliers des 2ème et 3ème étages tels que nous les connaissons aujourd’hui.
Soucieux du devenir de ses créations et d’une transmission de sa vision de la création, Gustave Moreau a conservé la plupart de ses œuvres, procédé à l’inventaire démesuré de ses innombrables dessins et documentations puis réalisé ces travaux dans l’optique de laisser derrière lui un musée.
L’état acceptera quelques années après la mort du peintre, le lègue de Gustave Moreau et respectera son vœu de conserver le “(son) caractère d’ensemble” de sa collection “qui permette toujours de constater la somme de travail et d’efforts de l’artiste pendant sa vie”.
Aujourd’hui maison-musée gratifiée du label “Maison des illustres”, le musée Gustave Moreau se distingue comme un lieu hors-norme, inspirant et propice à des apprentissages graphiques riches et féconds pour tous passionnés.
Vue de l’escalier en spirale, de l’atelier du 2ème étage où se côtoient visiteurs et élèves.
Références et visuels:
Gustave Moreau, Écrits sur l'art, textes établis, présentés et annotés par Peter Cooke, Fontfroide, Bibliothèque artistique et littéraire, 2 vol., 2002.
Marie-Cécile Forest (sous la direction de), Catalogue sommaire des dessins du Musée Gustave Moreau, Paris, R.M.N., 2009 et photographies. de dessins.
Gustave Moreau. Georges Rouault. Souvenirs d’atelier, Paris, musée Gustave Moreau, 27 janvier-25 avril 2016, Paris, Musée Gustave Moreau/ Somogy éditions d’art, 2016.
Gustave Moreau. Vers le songe et l’abstrait, Paris, musée Gustave Moreau, 17 octobre 2018-21 janvier 2019, Paris, Musée Gustave Moreau/ Somogy éditions d’art, 2018.
Gustave Moreau. Les Fables de La Fontaine, Paris, Éditions In Fine / musée Gustave Moreau, 2021.
Gustave Moreau. Le Moyen Âge retrouvé, Paris, Coédition Musée Gustave Moreau / Somogy éditions d'art, 2023.
Pierre-Louis Mathieu, Le Musée Gustave Moreau, RMN, 1997.
Geneviève Lacambre, "Documentation et création : l'exemple de Gustave Moreau", Usages de l'image au XIXe siècle, colloque au Musée d'Orsay, 1990, éditions Créaphis, 1992, p.78-91.
Photographies prises par Sophie Graverand au musée Gustave Moreau.